Bulletin paroissial
Notre Dame
de l'Assomption
N°68
Les cierges de la Chandeleur
Extrait du Forum Catholique
Origine
La fête liturgique de la Purification de la sainte Vierge Marie remonte aux temps apostoliques. La bénédiction des cierges et la procession ont été instituées par le Pape saint Gélase [492-496] pour remplacer des solennités païennes des Lupercales et des Amburbales qu’il avait interdites.
Symbolisme
Notre Seigneur Jésus-Christ, lumière du monde, est présenté au Temple par la Vierge Mère.
La cire d’abeille qui a servi à confectionner le cierge est le symbole de la virginité : l’intégrité de Notre-Dame n’a pas été altérée par la chair sainte du divin Enfant, ni dans la conception ni à la naissance. La mèche représente l’âme humaine de notre Seigneur Jésus-Christ. La flamme, qui luit en la partie supérieure, symbolise sa divinité.
Ainsi, le cierge représente le divin Sauveur tout entier – corps, âme et divinité – qui vient illuminer les ténèbres de l’erreur et du péché, et allumer dans le monde entier le feu de l’amour divin. La grâce sanctifiante nous rend participants de cette vie divine.
Usage
Dans les oraisons de la bénédiction, l’Église demande que ces cierges allumés chassent les ténèbres de notre esprit, enflamment nos cœurs du feu de la charité et figurent, par leur splendeur extérieure, le rayonnement de la lumière du Saint-Esprit qui illumine intérieurement nos âmes. Elle demande aussi que ces flambeaux servent à la santé des âmes et des corps.
La bénédiction des cierges est un sacramental, c’est-à-dire une cérémonie instituée par l’Église qui tire son efficacité de sa prière, et qui a des effets principalement spirituels : un sacramental donne des secours particuliers pour que nous soyons disposés à recevoir la grâce sanctifiante. Les sacramentaux ont aussi des effets temporels dans la mesure où cela aide à la sanctification des âmes.
Ils sont ainsi des auxiliaires des sacrements, auxquels ils disposent et dont ils prolongent les effets ; ils ne doivent surtout pas tendre à les remplacer, pas plus qu’ils ne peuvent remplacer la vie morale ou la lutte spirituelle : ce serait gravement se fourvoyer que de le croire.
Celui qui conserve et utilise pieusement les cierges bénits de la chandeleur participe donc d’une façon spéciale à la prière de l’Église et en reçoit beaucoup de grâces.
On les allume principalement :
– pour implorer la lumière du Saint-Esprit dans les doutes, dans les décisions à prendre, dans les études, dans les jugements qu’on doit porter ;
– dans les tentations, pour chasser les démons et faire luire la grâce, la force et la pureté de Jésus-Christ ;
– au chevet des mourants, en souvenir de l’immortalité que notre Seigneur a méritée pour nous, et en signe de la protection de la Vierge Marie dans les derniers combats ;
– dans les temps de ténèbres et de calamité, dans les tempêtes sur terre ou en mer, dans les guerres et les angoisses de toutes sortes, pour implorer la paix intérieure et la protection divine ;
– au chevet des malades, pour demander la conversion ou la sanctification, l’accroissement de la vie spirituelle, la patience et, si Dieu le veut, la guérison.
La bénédiction de Saint-Blaise
La dévotion à saint Blaise contre les maux de gorge était chère à saint François de Sales, qui avait une grande confiance en son intercession.
Saint Blaise [fin du IIe – début du IIIe siècle], après une vie de piété et de vertu et après avoir saintement occupé le siège épiscopal de Sébaste (Arménie), se retira dans une caverne du mont Argée pour y vivre dans la contemplation et la pénitence. Au temps de la persécution de Dioclétien il fut jeté en prison, et là il y guérit les malades, qu’on lui amenait en raison de la réputation de sainteté dont il jouissait. Une mère mit à ses pieds son jeune enfant qui étouffait à cause d’une arête demeurée en travers du gosier, en sorte que les médecins désespéraient de le sauver. Saint Blaise se mit en prière et demanda à Notre-Seigneur de guérir cet enfant et tous ceux qui, affectés d’un mal semblable, se recommanderaient à lui. L’enfant fut aussitôt guéri. Après avoir été battu de verges et avoir eu tout le corps déchiré par des peignes de fer, saint Blaise eut la tête tranchée et mourut en confessant glorieusement la foi de Jésus-Christ ; c’était le 3 février, et sa fête se célèbre à cette date.
Pour le jour de sa fête, il existe dans le Rituel romain une bénédiction spéciale qui protège contre les maux de gorge. Le prêtre commence par bénir deux cierges en récitant l’oraison suivante :
O Dieu tout-puissant et très doux, qui avez créé les variétés de toutes les choses du monde par votre seule parole et qui avez voulu que s’incarnât ce même Verbe par lequel toutes choses ont été faites ; qui êtes très grand et immense, terrible et digne de louange, et dont les œuvres sont admirables ; pour la confession de la foi en lequel le glorieux évêque et martyr Blaise, ne craignant pas toutes sortes de tourments, a heureusement acquis la palme du martyre ; qui lui avez accordé entre autres grâces la prérogative de guérir par votre vertu quiconque serait malade de la gorge : nous prions et supplions votre majesté pour qu’avec bienveillance vous ne considériez pas notre culpabilité mais ses prières et ses mérites et que, par votre vénérable tendresse, vous daigniez bé + nir et sancti + fier cette créature de cire en y infusant votre grâce ; de telle sorte que tous ceux qui auront mis, avec une sainte confiance, leur cou à son contact soient libérés de toute maladie de la gorge par les mérites de sa passion, et que, guéris et joyeux, ils vous rendent des actions de grâce dans votre Église sainte, et louent votre nom glorieux, qui est béni dans les siècles des siècles. Par votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous dans l’unité du Saint-Esprit, Dieu, pour les siècles des siècles.
R. : Ainsi soit-il.
Le prêtre asperge les cierges d’eau bénite. Ceux qui veulent recevoir la bénédiction se mettent à genoux devant l’autel. Le prêtre place les deux cierges en forme de croix sous le menton de chacun en disant à chaque fois :
Que Dieu, par l’intercession de saint Blaise, évêque et martyr, te délivre du mal de gorge et de tout autre mal. Au nom du Père et du Fils + et du Saint-Esprit.
R. : Ainsi soit-il.
La Sacrée Congrégation des Rites a rappelé qu’on doit se conformer en tout au Rituel romain (1 février 1924) ; elle a en outre précisé que les deux cierges doivent être éteints (16 janvier 1936) et qu’on peut donner cette bénédiction tout au long de la journée du 3 février (3 mars 1936).
Le jeûne catholique
d'après la liturgie des premiers jours de Carême
In La Vie Spirituelle n°113
Ce n'est pas de la nécessité et des bienfaits du jeûne que je veux parler ici, mais de l'esprit dans lequel il faut jeûner pour que cette précieuse pratique d'ascétisme porte tout son fruit. Or la liturgie des premiers jours du Carême, des quatre jours qui précèdent le premier dimanche, contient, comme ramassés pour notre instruction, les conseils les plus propres à nous faire bien comprendre l'esprit du jeûne catholique et les dispositions dans lesquelles nous devons entrer dans le saint temps de Carême.
D'abord la raison de la nécessité du jeûne. Tout de suite elle nous est indiquée, par les paroles, tirées du chapitre XI de la Sagesse, qui forment l'introït de la messe du mercredi : « Vous avez pitié de tous les hommes Seigneur et vous ne haïssez aucune de vos créatures : vous fermez les yeux sur leurs péchés pour les amenez à la pénitence, et vous leur pardonnez. » La raison de notre jeûne, c'est donc que nous sommes pécheurs, que nous devons faire pénitence, que Dieu nous y attend. C'est notre devoir, dont l'Église nous indique et l'époque et le mode.
Mais quelles sont les conditions qui donneront au jeûne sa valeur satisfactoire ? On peut les ramener à quatre.
1° La sincérité de la pénitence. - L'épître du jour des Cendres pose en termes singulièrement forts, empruntés au prophète Joël (ch. II), les qualités d'une pénitence sincère : « Voici ce que dit le Seigneur : Revenez à moi de tout votre coeur, avec des jeûnes, avec des larmes et des lamentations. Déchirez vos coeurs, et non vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est miséricordieux et compatissant, lent à la colère et riche en bonté... »
Déchirez vos coeurs et non vos vêtements : c'est le mot qui résume tout. La première condition d'une pénitence sincère, c'est qu'elle soit intérieure, qu'elle mette au coeur une douleur vraie, avec une volonté d'amendement et d'expiation. C'est cette douleur que le graduel et le trait invitent à manifester, les prêtres par leurs larmes, les fidèles de tous les âges par leurs réunions pieuses et l'abstention des plaisirs même légitimes, tout en implorant la miséricorde divine : « Seigneur, ne nous traitez pas comme nos péchés nous ont mérité de l'être. »
Pénitence intérieure, mais dont les manifestations publiques elles-mêmes ne doivent pas révéler ce qu'elle a d'afflictif pour le corps : pénitence modeste et sans ostentation, suivant la recommandation (le l'évangile du même jour : « Lorsque vous jeûnez ne faites pas comme les hypocrites, qui prennent une mine défaite, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent... Vous, lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête. Lavez-vous le visage, pour ne pas faire voir aux hommes que vous jeûnez, mais à votre Père qui voit ce qui est » Et l'évangile conclut que c'est au ciel qu'il faut amasser des trésors que rien ne pourra nous enlever (Matth., VI). Or notre trésor est là où nous mettons notre cour : si nous nous attachons à la vanité, au désir de paraître, à la louange des hommes, nous nous faisons une richesse périssable; si nous tournons vers Dieu toutes nos intentions, nous amassons un trésor incorruptible. Et quel plus beau trésor que celui venant d'une pénitence cachée aux hommes, visible à Dieu seul?
2° La prière. - Le jeûne a la prière comme compagne habituelle. Le Sauveur nous avertit que le démon ne peut être chassé que par la prière et le jeûne. Les Actes des Apôtres nous montrent les disciples « priant et jeûnant » dans toutes les circonstances importantes, et l'Évangile (Luc, II) parle de la prophétesse Anne comme ne cessant jour et nuit, à quatre-vingts ans, de servir au temple en jeûnant et en priant. La messe du jeudi associe les deux actes, en particulier dans la collecte : « O Dieu que le péché offense et que la pénitence apaise, écoutez dans votre bonté les prières et les supplications de votre peuple, et daignez détourner de nous les fléaux de votre colère mérités par nos péchés. » Mais surtout, l'épître et l'évangile nous citent deux admirables traits de prière exaucée par Dieu : l'un de l'Ancien Testament (Isaïe, XXXVIII) : la supplication du roi Ezéchias mourant, qui obtient quinze ans de plus à vivre ; l'autre tiré de saint Matthieu (VIII), qui raconte la demande du centurion et la guérison de son serviteur. Pourquoi la liturgie de ce jour cesse-t-elle de parler du jeûne, pour mettre en avant, avec une sorte d'insistance, le devoir de la prière? Seigneur, exaucez ma supplication, ne la dédaignez pas : regardez-moi, exaucez-moi (introït) - Seigneur, j'ai élevé mon âme vers vous : mon Dieu, j'ai confiance en vous (offertoire). C'est parce que ma prière est nécessaire pour garder au jeûne son intention surnaturelle : celui qui fait pénitence sans y ajouter une humble prière, et très constante, risque de se complaire lui-même et de tomber dans l'orgueil; les exemples sait innombrables de grands pénitents qui, faute de prier, n'ont pas su rester dans l'humilité.
3° Les bonnes oevres. La prière, dit saint Augustin, a deux ailes qui la font voler tout droit au ciel : le jeûne et l'aumône. L'épître du vendredi nous révèle l'insuffisance du jeûne qui n'est pas accompagné de bonnes oeuvres; elle est tirée du chapitre LVII d'Isaïe, et voici les paroles que le prophète met dans la bouche de Jéhovah répondant à son peuple qui se plaint de n'être pas exaucé malgré ses jeûnes : « Le jeûne que j'aime consiste à détacher les chaînes injustes, à délier les nœuds du joug, à renvoyer libres les opprimés ... à rompre ton pain à celui qui a faim, à recueillir chez toi les malheureux sans asile, à couvrir un homme que tu vois nu. » - Et l'évangile, confirmant ces conseils, rappelle que les vrais enfants du Père qui est aux cieux doivent surpasser en vertu et en bonnes oeuvres les publicains et les incroyants, et tendre à être parfaits comme le Père l'est lui-même, en aimant jusqu'à leurs ennemis, en leur rendant le bien pour le mal, en priant pour leurs persécuteurs (Matth., V). « Voulez-vous, dit saint Cyrille d'Alexandrie, présenter à Jésus-Christ un jeûne véritable, un jeûne pur ? Regardez d'un oeil favorable ceux qui luttent contre la pauvreté. » L'aumône doit être, elle aussi, une compagne très fidèle du jeûne. Jeûnez, priez, donnez, et vous aurez parfaitement employé votre Carême.
4° S'abstenir du péché. - Lorsque le prophète nous conseille de déchirer nos coeurs, il veut dire que la pénitence doit tendre à détruire ce qu'elle déteste, le péché, et par suite à nous faire un coeur nouveau : cor mundum crea in me, Deus. L'épître du samedi est la suite de celle de la veille, et elle ajoute au conseil de pratiquer les bonnes oeuvres celui de cesser de mal faire. « Si tu t'abstiens de faire peser ton joug, et du geste menaçant, et des discours injurieux,... et de fouler aux pieds le sabbat en t'occupant de tes affaires en mon saint jour... et de ne suivre que tes voies et ta volonté..., alors tu trouveras tes délices dans le Seigneur. » La destruction de nos vices, l'amendement de notre vie, c'est là la grande affaire du Carême : le jeûne corporel n'est qu'un moyen, commandé, donc obligatoire ; mais il faut d'abord jeûner du péché, faire abstinence de ses fautes habituelles, redresser sa volonté mauvaise, engager, avec l'aide de Dieu, une lutte acharnée contre l'esclavage du mal, contre la paresse, contre l'indifférence spirituelle, contre la sensualité, coutre tout ce qui nous entraîne à offenser Dieu, contre nous-mêmes. Suivant les termes de la Préface : que le jeûne corporel réprime nos vices, élève notre âme, accroisse notre vertu.
J'ajoute un mot à ces considérations. Le jeûne, au dire de tous les médecins, est excellent pour la santé. La collecte de ce samedi le remarque : « Seigneur, écoutez nos supplications, et accordez-nous de célébrer avec une dévotion sincère ce jeûne solennel, si sagement institué pour la guérison des Ames et des corps. » Et l'évangile nous dit la multitude des guérisons qu'opérait Notre Seigneur sur quiconque l'approchait ou touchait seulement la frange de sa tunique. Jeûnez donc, priez, multipliez les bonnes oeuvres, cesser de pécher, et au jour de vos Pâques, vous vous approcherez de Jésus-Christ, et vous serez guéris. Amen
Juvisy.
A. de Boissieu, O. P.